Le vrai visage de l’expatriation : ce coup de blues qu’on n’ose pas montrer
Le moral dans les chaussettes. Voilà comment j’étais à notre retour de France.
On rentre d’un séjour intense, de ceux qui nous remplissent jusqu’au bord : les cousinades, les repas qui n’en finissent pas, les grands-parents qui gâtent un peu trop les enfants. Cette euphorie simple d’être tous ensemble. Et puis on atterrit, et c’est la reprise. Le retour au boulot que tout le monde connaît, ce petit coup de mou du dimanche soir qu’on connaît tous.
Ce sentiment-là, on le vit puissance 10, car ce n’est pas juste le bureau du lundi matin. C’est reprendre sa vie à plus de 9 000 km de sa famille. On cherche à nouveau des repères qui nous étaient familiers avant cette parenthèse hors du temps.
Un jour, quelqu’un m’a dit que la famille, ce n’est pas seulement tes parents, c’est aussi celle que tu construis. J’y pense souvent depuis que je suis partie. Mais ce jour-là, au retour, cette phrase ne suffisait plus tout à fait à combler le vide.
Le jeu de l’expatriation
C’est le jeu : lorsqu’on accepte de partir loin, on sait qu’on verra beaucoup moins ses proches. À chaque fois, ce sera un déchirement, à la fois pour nous et pour eux. On se remet en question sur cette décision d’avoir tout quitté. À chaque fois, il y a cette phase de réadaptation. Puis la routine s’installe de nouveau, et ces doutes n’auront été qu’un passage à vide avant les prochaines grandes vacances.
Cette fois pourtant, ce retour à la maison ne m’avait jamais frappée aussi fort.
Le fantasme de l’été en France
On idéalise nos vacances, qui ont cette temporalité unique qui mettra tout le monde d’accord. L’été en France, c’est la meilleure saison : il fait beau et chaud, les fruits de saison sont un délice, les petits marchés ont un charme fou, et on se dit que les produits du terroir devraient être inscrits au patrimoine de l’UNESCO.
Sauf qu’on a cette vision biaisée de la France en vacances, pas celle du train-train quotidien. Celle qu’on regrette, ce n’est pas vraiment “la France”, c’est cette parenthèse estivale, hors du temps, où tout semble plus simple et plus doux.
Une fois rentrés, on se trouve des excuses pour faire passer ce coup de mou. “C’est sympa l’été en France, mais contente de pas être rentrée en hiver.” “Et puis tu as vu le prix de l’essence ?” On rationalise, sans se l’avouer complètement.
On est content de retrouver notre chez-nous, retrouver notre chien, notre chat. Mais il nous semble bizarrement vide et calme, comme si quelque chose n’allait pas. Même avec les valises et les affaires rangées, quelque chose cloche. La réadaptation ne se fait pas sans mal et les enfants sont un peu déboussolés, eux aussi. Ce retour sonne la fin des vacances, dans tous les sens du terme.

Après 8 ans, le tournant ?
Peut-être qu’on s’est lassé ? Après 8 ans d’expatriation, ça fait une bonne trotte non ? C’est peut-être ça, le tournant. On se dit que c’était bien, mais que maintenant, on devrait peut-être rentrer. Les parents se font vieux. Les problèmes de santé apparaissent. Et avec eux, cette culpabilité de ne pas être à leurs côtés.
Et puis je me suis surprise à me projeter : et si on rentrait, on s’installerait où ? Près de la famille, non ? Je ferais quoi ? Retour au salariat ? Et les enfants, quelle école ? Le privé ? Et le chien et le chat, comment on gère la transition ?
Beaucoup de questions, qui se sont soldées par plus d’anxiété que de réponses.
Le retour à la routine
On se dit que ça va nous passer. Et au final, pendant deux semaines, on continue de faire des scénarios dans tous les sens.
Le rappel à l’ordre ? La rentrée scolaire. Rien de tel pour vous remettre dans le bain. Plus le temps d’imaginer dix mille plans : on se remet en mode chef de projet, à optimiser les trajets, les devoirs, les activités extra-scolaires, sans parler des repas et de la bonne tenue de la maison, comme toute bonne hôtesse qui se respecte.
Petit à petit, ce projet de retour s’estompe. Les médias français qui parviennent jusqu’à nous nous rappellent pourquoi on est partis : l’insécurité, l’injustice, la crise économique, la surimposition. Les médias en font toujours trop, nous dira-t-on. Mais il y a toujours une part de vérité, malgré tout.
Ce qui nous retient ici
On retrouve les copains sur place, devenus “la famille”. On échange sur ce sentiment de retour amer. Le soleil et les températures douces nous confortent dans notre choix. On vit dans le déni face au coût de la vie qui grimpe. On s’en plaint. Mais on ne repartirait pas pour autant.
Sauf si…
Sauf si ça devient insoutenable, que les finances ne couvrent plus notre train de vie et que la famille est finalement trop loin. Oui, ça aussi, on l’envisage. En France, il existe des aides qui n’existent pas forcément ailleurs. Étant à mon compte, mes revenus sont variables d’un mois à l’autre, et les écoles ici sont très chères quand on choisit le système français ou international.
Le prix du paradis
Alors oui, il est possible qu’un jour on rentre en France. On le sait. Mais on veut encore vivre dans ce fantasme de la vie paradisiaque sous les tropiques. On se voile la face tant qu’on peut.
On voudra rentrer quand on l’aura décidé, nous, et non parce qu’on aura subi ce choix, faute d’avoir réussi à rester. Car il y a aussi notre permis de résidence, qui nous permet de vivre ici tant qu’on respecte les règles et les critères imposés. Si le chiffre d’affaires ne suit pas, il faudra plier bagage.
Bilan après ces quelques semaines post-France
Voilà le jeu de l’expatriation, en tout cas pour l’île Maurice. Il a ses hauts, ses bas, ses doutes qui reviennent par vagues, et ses raisons bien réelles de rester malgré tout.
Alors renseigne-toi bien avant de te lancer dans ce jeu, pour pouvoir en apprécier chaque partie, y compris celles qu’on ne montre pas sur Instagram.
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