Publié le 19 octobre 2026. Je mettrai cet article à jour si la situation évolue.
Depuis quelques jours, on me contacte beaucoup pour savoir si tout va bien à Maurice. Je comprends : les images qui ont circulé dans les médias ont de quoi inquiéter.
Ma réponse courte, après 8 ans ici : oui, ça va, et oui, s’expatrier à Maurice reste une bonne idée si ton projet est bien préparé.

Je ne vais pas te dire que rien ne s’est passé, ce serait faux. Mais je ne vais pas non plus te dire que l’île est à feu et à sang, ce serait tout aussi faux. Voici ce qui s’est réellement passé, pourquoi, où on en est une semaine après, et ce que ça change (ou pas) pour ton projet.
Ce qui s’est passé, en bref
Voici les faits, tels que rapportés par la presse locale et internationale :
- Début octobre : des habitants de plusieurs quartiers (Phoenix, puis Camp-Levieux) manifestent de façon spontanée contre les coupures d’eau et la vie chère, parfois en bloquant des routes.
- Vendredi 9 octobre : une jeune femme de 27 ans, qui rentrait du travail en fourgonnette, est blessée par balle par un policier à Camp-Levieux. Le policier a été arrêté et l’enquête suit son cours.
- Nuit du 12 au 13 octobre : la colère dégénère. Barrages enflammés, affrontements avec les forces de l’ordre, commerces pillés (dont deux supermarchés), poste de police incendié, dégâts signalés sur le Metro Express.
- Mardi 13 octobre : le Premier ministre décrète un couvre-feu de 20h30 à 6h dans dix régions, soit environ un tiers de l’île. Les écoles ferment, du mardi 13 au vendredi 16.
- Jusqu’au dimanche 18 octobre : le couvre-feu est prolongé à titre préventif, avec des horaires allégés (de 22h à 4h30) le week-end des 17 et 18.
- Lundi 19 octobre : les écoles rouvrent.
- Bilan communiqué par les autorités le 14 octobre : 94 interpellations (dont 16 mineurs) et 7 policiers blessés.
Pourquoi cette colère ? Un ras-le-bol général

Il faut le comprendre : ces événements ne sortent pas de nulle part. Le tir a été l’étincelle, mais la colère s’accumulait depuis des mois.
L’eau. Depuis plusieurs semaines, les réservoirs sont bas et de nombreux quartiers subissent des coupures prolongées. Dès le 5 août, la distribution a été réduite de deux heures par jour dans tout le pays, et certaines régions (Plaines-Wilhems, Moka, une partie de Rivière-Noire) ont connu des coupures de cinq à six heures par jour. À cela s’ajoute un réseau vieillissant : selon les chiffres officiels cités ces dernières années, plus de la moitié de l’eau distribuée est perdue en fuites avant d’arriver au robinet.
La vie chère. Inflation, électricité, carburants : fin septembre, l’essence a encore pris 10 % (Rs 77,70 le litre). Les budgets fondent, et les familles les plus modestes sont les premières touchées. J’en parle en détail dans mon article sur le coût de la vie à Maurice en 2026.
Le sentiment de ne pas être entendu. Selon plusieurs observateurs locaux, une partie des Mauriciens ressent aussi une défiance envers le pouvoir en place : l’impression que les difficultés du quotidien ne sont pas assez prises au sérieux.
Cette colère est légitime et compréhensible. Quand tu n’as pas d’eau pendant des jours, que tes factures augmentent et que tu as l’impression de ne pas être écouté, tu finis par le dire à voix haute. Les violences et les pillages ne sont pas une solution, mais le cri de fond, lui, est parfaitement compréhensible.
Les Mauriciens que je côtoie depuis 2018 restent un peuple pacifique, attaché au vivre-ensemble. C’est justement ce qui rend cet épisode aussi rare.
Les mesures prises pour éviter tout débordement
Les autorités ont réagi vite, avec des mesures de précaution pensées pour éviter que la situation ne s’aggrave :
- Un couvre-feu de 20h30 à 6h dans les dix régions les plus touchées, décrété le mardi 13 octobre, puis prolongé à titre préventif jusqu’au dimanche 18 (de 22h à 4h30 le week-end).
- La fermeture des écoles du mardi 13 au vendredi 16 octobre, pour protéger les élèves et éviter les déplacements inutiles.
- Un renforcement du dispositif de sécurité sur le terrain, avec les interpellations communiquées par la police.
- Des annonces officielles du gouvernement et de la police, publiées au fil des jours pour informer la population.


Ces décisions ont un effet : elles ont permis de reprendre la main en quelques jours, sans que la situation ne s’étende à l’ensemble du pays.
Où en est-on aujourd’hui ?
Le couvre-feu, prolongé à titre préventif jusqu’au dimanche 18 octobre, n’est plus en vigueur, la police a indiqué que la situation était sous contrôle, et les écoles ont rouvert ce lundi 19 octobre. Depuis, la vie a repris son cours sur l’île. Quelques séquelles demeurent : d’après la presse locale, la station Barkly du Metro Express restait par exemple à l’arrêt le 18 octobre.
Je ne vais pas non plus faire comme si de rien n’était. D’autres rassemblements restent possibles, comme l’Ambassade de France l’a rappelé à ses ressortissants, et les autorités restent mobilisées.
Côté eau, le Conseil des ministres avait déjà décidé de premières mesures le 9 octobre, avant l’escalade : mise en service de neuf forages supplémentaires, prélèvements sur certaines rivières, recrutement d’agents de liaison pour coordonner la distribution. On espère que ces mesures seront suivies d’effets, et que le gouvernement entendra et écoutera vraiment ce qui s’est exprimé dans la rue.
Une chose reste claire : à l’échelle de l’île, l’épisode est resté limité dans le temps (environ une semaine) et dans l’espace (un tiers du territoire concerné par le couvre-feu, surtout en périphérie des villes).
Ce que montrent les médias, et ce que je vois ici
Les images qui tournent (pneus brûlés, poste de police en flammes) sont réelles. Mais elles montrent quelques localités, sur quelques nuits, et elles donnent l’impression d’un pays entier à feu et à sang. Ce n’est pas ce qu’on a vécu : les violences se sont concentrées sur une dizaine de régions, surtout la nuit, et les autorités ont repris la main en quelques jours.
Aujourd’hui, une semaine après, la vie a repris son rythme, et les enfants sont retournés à l’école ce lundi. C’est ce que je constate autour de moi, et c’est ce que confirment les communiqués de la police et du gouvernement.
Un épisode rare à Maurice
En 8 ans à Maurice, c’est la première fois que je vis ça. Pour retrouver des scènes comparables, il faut remonter à 1999 : à l’époque, la mort en détention du chanteur Kaya avait déclenché plusieurs jours d’émeutes. Depuis, plus d’un quart de siècle sans troubles de cette ampleur. La presse internationale continue de décrire Maurice comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique, et cet épisode, aussi marquant soit-il, fait figure d’exception plutôt que de règle.
Et en France ? Remettre les choses en perspective
Je vois passer beaucoup de comparaisons. Je ne cherche ni à minimiser ce qui s’est passé ici, ni à opposer deux pays : les deux traversent des tensions liées au coût de la vie. Ce qui change, c’est l’ampleur. À Maurice, un épisode d’environ une semaine, avec un couvre-feu sur un tiers de l’île. En France, la journée de mobilisation du 17 octobre annonçait plus de 1 000 actions sur tout le territoire, dans un climat de vie chère et de colère lycéenne présent depuis fin septembre.
Les expatriés sont-ils concernés ?
D’après l’Ambassade de France, la communauté française n’est pas visée par ces événements. Les revendications exprimées portent sur l’eau et le coût de la vie.
Je veux aussi être honnête sur un sujet que tu vois peut-être passer sur les réseaux : certains Mauriciens expriment un ras-le-bol face à la hausse de l’immobilier, et par ricochet face à la visibilité des étrangers qui achètent. C’est un vrai débat : les prix ont augmenté de plus de 138 % depuis 2019, et l’accès à la propriété devient plus difficile pour beaucoup de locaux. Ce n’est pas une raison de ne pas venir, mais c’est une raison de venir avec respect : s’intégrer vraiment, respecter la culture locale, apprendre quelques mots de créole.
Et si tu viens en voyage ou en repérage ?
La question revient aussi chez ceux qui préparent des vacances ou un séjour de repérage avant de s’installer. Les événements se sont concentrés dans des localités du centre de l’île, et le couvre-feu n’est plus en vigueur. Côté consignes officielles, la France a appelé à la vigilance dans les localités touchées et au respect des couvre-feux là où ils s’appliquent.
Avant de partir, mes conseils : confirme ton vol directement auprès de ta compagnie, consulte les conseils aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères, et garde un peu de souplesse sur les trajets en transports en commun, certains services ayant été perturbés.
Alors, s’expatrier à Maurice, toujours une bonne idée ?
Ma réponse, après 8 ans ici : oui, mais en connaissance de cause.
Maurice reste une île où l’on vit bien, avec une qualité de vie, une sécurité et une fiscalité qui séduisent. Mais ce n’est pas une carte postale : l’eau, le coût de la vie et le logement sont de vrais sujets. Ceux qui s’y installent sereinement sont ceux qui ont préparé leur projet.
Ce que je te conseille concrètement :
- Choisis ta zone en fonction de l’eau. Renseigne-toi sur les coupures dans le quartier visé, et vérifie avant de signer un bail que le logement dispose d’un réservoir et d’une pompe en bon état.
- Suis les médias locaux (Le Mauricien, L’Express, Defimedia) et les communiqués officiels quand la situation est tendue.
- Inscris-toi au registre des Français établis hors de France et garde sous la main les coordonnées de l’Ambassade de France.
- En cas de rassemblement ou de barrage, évite la zone et décale tes déplacements.
- Prévois un budget réaliste, avec l’eau, l’électricité et le carburant (mon guide du coût de la vie t’aide à le construire).
Tu as des questions sur ton projet ?
Si ces événements te font hésiter, c’est normal, et c’est justement pour ça que je propose des appels d’1h : on fait le point sur ta situation, ton éligibilité et les zones qui te correspondent, et je te réponds franchement, le bon comme le moins bon. Tu repars avec un récap personnalisé et une fiche ressources offerte.

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À lire aussi
Sources
- Couvre-feu et conseil des ministres, Outre-mer La 1ère
- Couvre-feu prolongé jusqu’au 16 octobre, Africanews
- Mauritius tightens security and extends curfew, Associated Press
- Mauritius imposes curfew to calm days of protests, Associated Press
- Mauritius temporarily closes schools after night of unrest, Reuters
- Couvre-feu dans une partie de l’île Maurice, Outremers 360
- Stress hydrique et mesures du Conseil des ministres, AllAfrica
- Restrictions d’eau à partir du 5 août, AllAfrica
- Mobilisation du 17 octobre en France, Public Sénat


